Depuis mon arrivée j’étais impatiente de me rendre dans ce petit village et de pouvoir mettre quelques images sur tous ces chiffres que je manipule toute la journée. J’ai donc profité de mon dimanche à moi pour aller y faire un tour avec Jean-Pierre, le roi de la reconstruction (20 ans de terrain, ça aide !).
Baijora est un petit village situé à une dizaine de kilomètres au sud de Mathbaria, accessible uniquement en 2 roues ou rickshaw depuis Sapleja (autre petit village à mi-chemin). C’est donc installés sur un rickshaw plateau que nous nous mettons en route sur le chemin pavé qui borde le canal. Une ballade agréable, un peu secouante, mais la vitesse de croisière du rickshaw est idéale pour admirer le paysage. Voir trimer le rickshawman pour nous trimballer sous un soleil de plomb, le voir mouiller sa chemise les mollets tendus, en danseuse sur ses pédales et luttant avec son dérailleur sans vitesse tout pourri….rend la ballade un peu moins « magique ».
Mais bon il va falloir s’habituer, au Bangladesh la moitié de la population transporte l’autre moitié sur ces drôles d’engins. C’est un moyen difficile de gagner sa vie, mais ça permet à plusieurs centaines de milliers de bangladais d’avoir un boulot et un salaire…de misère….mais un salaire.
Donc après 2 ou 3 kilomètre sur ce chemin pavé, nous arrivons à la warehouse (entrepôt pour stocker les matériaux de construction et qui sert aussi d’atelier pour les charpentiers).

Devant la warehouse, voici Sycket notre storekeeper, c’est lui qui est en charge de la gestion des stocks et de l’atelier.

Et ça c’est la maison modèle. C’est à ça que ressembleront les maisons qui vont être construites sur les fondations en terre (enfin presque parce que nous leur laisseront les maison sans les murs…problème de budget…Mais on va essayer de trouver un moyen de leur procurer au moins les tôles nécessaires avant de partir).
On doit en construire 460 d’ici fin Décembre. Le projet comprend aussi la réhabilitation d’environ 200 autres maisons (le cyclone SIDR remonte quand même à novembre dernier et beaucoup de villageois ont déjà commencé à reconstruire leur maison avec les moyens du bord, notre travail sera surtout de la consolidation), la construction d’une école communautaire, la réhabilitation d’une autre, la construction de bateaux pour les pêcheurs du village et d’autres choses pas encore déterminées pour relancer l’activité économique de la zone.
Après la warehouse direction le village de Baijora. Hop on remonte sur un rickshaw, le rickshawman a des yeux…magnifiques. Bleus-verts très clair…avec son teint bien mat, on ne voit que ça. Ce n’est pas rare de voir des bangladais avec de beaux yeux clairs mais toujours aussi impressionnant (t’inquiète mon chéri, c’est toujours toi le plus beau !)
Ici la notion de village est différente de la notre. Un village ne comporte pas forcément un centre et n’est pas forcément un groupement d’habitations dans une zone précise ; c’est plutôt des tas de petits groupements de maisons éparpillés dans une zone assez vaste et regroupés sous l’autorité d’un chef de village ou community lea
der. Et voici à quoi ressemble une maison typique de la région :
Comme vous pouvez le voir, les maisons qu’on va reconstruire ressemblent beaucoup à celle-là. Elles respectent le style de construction ainsi que les matériaux utilisés mais proposent juste une amélioration « technique », c'est-à-dire qu’elles sont anticyclonique et ne s’envoleront pas (ou du moins pas entièrement) au prochain caprice de dame nature ! En plus elles seront faciles à prendre en exemple par les populations de la région puisque faites uniquement avec des matériaux disponibles par ici et peu coûteux.
Triste constat
Je m'attendais à voir une zone dévastée...des arbres couchés sur le sol, des morceaux de tôles de tous les côtés...ce qu'on peut imaginer des dégâts causés pas un cyclone. Mais non, tout ça n'est plus là, c'est vrai que 6 mois déjà se sont écoulés, le nettoyage a déjà été fait par les premières ONG arrivées sur les lieux dans les premières semaines après SIDR et par les habitants eux-mêmes.
Par contre après tout ce temps, la plupart des gens vivent encore dans des abris de fortune bâtis justement avec les "restes" de leurs anciennes maisons et autres débris trouvés par ci par là : des morceaux de tôles pour les plus chanceux, des bouts de plastiques et des feuilles de palmiers pour la majorité. Des abris tellement petits qu'ils permettent juste de s'allonger pour la nuit, et si précaires qu'ils risquent de s'envoler au moindre coup de vent...
Et ça fait 6 mois que ces gens là vivent comme ça...qu'ils attendent que nos belles paroles se concrétisent, qu'ils voient la saison des pluies approcher à grands pas et toujours pas l'ombre d'une maison à l'horizon...
Et pourtant c'est pas faute de faire de notre mieux, d'avoir essayé dêtre rapide, mais qu'est ce qui bloque l'avancée des travaux et le démarrage des projets? La recherche de financements, les bailleurs qui mettent 4 mois avant de donner leur accord, les procédures administratives à n'en plus finir, des contraintes et obligations qui pèsent sur les ONG dans ce pays, bref on se demande parfois si on veut de notre aide...et si on nous donne vraiment les moyens de le faire...
Mais ça y'est enfin, on avance et d'ici une semaine ou deux les 50 premières maisons devraient voir le jour. Les habitants de Baijora sont toujours motivés et volontaires, ils n'ont pas perdu confiance en ce projet. Bravo à eux!

Encore quelques km sur le rickshaw, et on fait demi-tour pour rentrer à la maison.Je repars sous un beau coucher de soleil, la tête pleine de réflexions, de questions...en repensant à ces gens qui vivent dans des conditions tellement difficiles, sous la menace permanente des intempéries et qui ne baissent pas les bras, qui gardent le sourire et continuent d'avancer.
Fin du weekend.
